Brest et le peuple de la mer

Quand Océanopolis, le parc de découverte des océans à Brest a ouvert son pavillon tempéré en 1990, le succès a été immédiat. En dehors de ses performances scientifiques et du fait que Brest s’est imposée au fil des ans comme la capitale de la recherche et de l’innovation océanographique, ce formidable engouement populaire trouve, de toute évidence, son origine dans le supplément d’âme des équipes qui prennent soin des animaux marins présents sur le site.

Au point que 24 ans après, le site a accueilli son 10 millionième visiteur, ce qui revient à dire que ce sont près de 500.000 personnes qui se pressent chaque année pour découvrir le peuple de la mer. Du plus grand au plus petit – on y présente 6 espèces de requins – des espèces fluorescentes, des poissons couteaux et autres anguilles jardinières dans des aquariums adaptés et aussi des habitants de charme comme les loutres et les phoques. En mai 2000, sont venus s’ajouter deux autres pavillons polaire et tropical et leur présentation et leur façon de vivre continuent à générer l’enchantement.

La plus grande manchotière d’Europe

Si on veut se lancer dans les superlatifs, on y parvient toujours à Océanopolis qui a son lot de records et d’exclusivité. Mais il est vrai qu’en matière de volume, les grandes structures américaines distancent le pourtant imposant ensemble brestois. Reste qu’il soutient largement la comparaison en matière de présentation.

Régulièrement, un plongeur, équipé de micro et caméra interagit avec les visiteurs en même temps qu’il nourrit les poissons dans ce qu’on appelle « le grand tombant ». On invite aussi les enfants, notamment, à mettre les mains dans l’eau pour toucher les oursins et les coquilles Saint Jacques. Mais exclusivement en présence des animateurs. Il ne s’agit pas de stresser les animaux en les sortant de l’eau et en les manipulant sans précaution.

On admire l’évolution gracieuse des espèces colorées comme si on plongeait à leurs côtés, mais il faut absolument s’intéresser à l’AbyssBox, un aquarium infiniment moins spectaculaire qui abrite celles des grands fonds. Il ne contient que 16 litres d’eau et il est pressurisé à 181 bars, ce qui restitue l’environnement à 1800 m de profondeur. On y observe des petits crabes et de minuscules crevettes. Première mondiale, les chercheurs ont constaté que ces dernières avaient produit des œufs.
Parmi les curiosités à observer de près, il y a aussi les anges de mer, il s’agit d’êtres gracieux et transparents qui ont pour habitude de suivre les courants. Pour restituer leur milieu naturel, ils sont présentés dans une structure qui ressemble fortement à un tambour de machine à laver et reproduit le mouvement circulaire auquel ils sont accoutumés.

Les passionnés de science et ceux que ces raretés auront intéressés pourront d’ailleurs participer à la Nuit Européenne des Chercheurs organisée le 26 septembre à partir de 19h. C’est un film de 12 minutes présenté sur un écran géant incurvé qui introduit le pavillon polaire. Sur fonds de paysages des terres australes comme les îles Kergelen, on s’initie à l’observation du biotope des colonies de manchots et de mammifères marins. Mais attention, pendant que l’on s’intéresse aux images presque en immersion, ce sont les manchots qui nous regardent !

Ils sont une quarantaine en tout. D’espèces variées comme les corfous, les corfous sauteurs et sont très joueurs Les manchots royaux, plus grands, viennent des terres australes. Comme les ours polaires, on trouve des pingouins en Arctique. Les manchots, eux, sont au sud.

Signe que ces espiègles oiseaux qui ne volent pas sont bien à l’aise dans la manchotière, on repère des poussins qui viennent d’éclore et d’autres tout duveteux qui font leur premiers pas. Ils n’ont pas de nom et sont repérés par la bague qu’ils portent tous. Sauf Dominique, un manchot que son soigneur (qui portait le prénom en question) a sauvé au sortir de l’œuf, car il avait du mal à accrocher la vie. Il est là le secret d’Océanopolis, l’affection pour les animaux, l’investissement de toutes les équipes à leur service et les visiteurs le perçoivent parfaitement bien.

Il s’appelle Torpenn !

En « surface », en revanche, on baptise les animaux à fourrure, comme les veaux marins. Le 26 juin (nous sommes passés la semaine suivante, on a donc pu admirer le beau bébé de 7 kilos), Nikko a mis au monde son 4èmepetit. Un animal très tonique qui a tendance à épuiser sa mère quand il chahute avec elle. Les visiteurs, invités à lui donner un nom, ont voté en large majorité pour Torpenn qui signifie « casse-pieds » en breton et qui est, en l’occurrence, remarquablement bien porté !

L’émotion quand une naissance survient est à son comble. Océanopolis se flatte d’avoir compté 5 naissances de requins zèbre l’an passé et cette année, c’est une petite femelle qui est venue au monde le 28 juillet et c’est une première en Europe.

Comme les soigneurs ignoraient tout du temps d’incubation des œufs (maintenant on sait que c’est 173 jours…), les équipes se sont relayées jour et nuit avec des caméras pour ne pas manquer l’éclosion. Au bout d’un certain temps, tout le monde s’y est mis pour les soulager et les comptables, le service de presse et tout le personnel a monté la garde.

C’est cet investissement affectueux et passionné qui se ressent dans chacun des lieux de l’ensemble. Vénus et Boucan, les loutres disposent d’eau douce pour préserver leur belle fourrure épaisse et brillante des méfaits du sel et on est heureux d’apprendre que l’espèce est en train de revenir sur nos côtes à l’état sauvage dans les rias et les abers et jusque dans les rivières des Monts d’Arrée.

La qualité de présentation est affaire de multiples initiatives. Les eaux de la rade sont très surveillées et sont, du coup, de bien meilleure qualité qu’il y a quelques années. Comme Océanopolis est en fond de rade, ses 4 millions de litres d’eau de mer en profitent. L’objectif plancton a incité de multiples plongeurs à effectuer des prélèvements pour les analyser et une grande barrière de corail a été reconstituée par bouturage – comme des géraniums – pendant une dizaine d’années. Pour rester en bonne santé, ces micro-organismes ont besoin de lumière (un stade de foot en éclairage), il leur faut une température constante et pas de nitrate. C’est une vigilance et un investissement permanents pour tous. Et c’est ça qui se voit !

L’automne en Finistère

Au bout du bout de la France, sur cette terre ultime où tout commence et tout finit, le temps est encore assez clément pour faire un tour sur l’Ile de Batz, épuiser les charmes de Roscoff, déguster les ormeaux bretons qu’élève Sylvain Huchette et suivre la Côte des Légendes au Pays des Abers à l’extrême ouest de la pointe du Finistère. Les prix, comme le soleil d’automne, sont doux et tièdes. Découvrir Brest aussi et son goût quasi immodéré pour le jazz avec la programmation riche et éclectique de la Carène.

Rendez-vous ensuite au printemps à la saison des hortensias, des choux fleurs, des artichauts, des pommes de terre, des échalotes et des oignons…

Source :  Actus