La culture « en prime »

Les belles expos cartonnent. Je ne suis pas seule à le penser. Dimanche soir 12 avril, jour de Pâques « Capital » sur M6 l’affirmait « Jamais les expos n’ont attiré autant de monde ! » Avec 780.000 visiteurs pour Picasso au Grand Palais, il y a de quoi pavoiser. Sans doute en attend on autant pour « Le Grand Monde d’Andy Wharhol » et pour toutes celles qui se déroulent en province (moins de queue aux caisses, on en profite !) et qui bénéficient pour certaines du Label d’Intérêt National du Ministère de la Culture. Il y en a 12. Sortons les agendas et notons comment ne pas voyager idiot et intéresser la partie en fréquentant les arts.

D’autant qu’il ne s’agit aucunement d’un pensum. On sort ravi de ces belles manifestations qui présentent des chefs d’oeuvre, durent assez longtemps pour que l’on puisse programmer une visite et en profiter pour faire un peu de tourisme en ville, là où elles sont présentées. Elles bénéficient aussi de scénographies particulièrement séduisantes. Bref, la mise en scène de la culture est une vraie réussite et a bien dépoussiéré les musées. Les écoles, collèges et lycées les fréquentent et même les mères de famille le mercredi qui cultivent très doctement leur progéniture en élevant la voix pour faire profiter toute l’assistance de leur savoir et qu’on puisse les admirer dans le rôle de l’institutrice. Celles-là, à propos, on s’en passerait !

Parmi donc les morceaux de bravoure présentés aux 4 (!) coins de l’hexagone, on retiendra « L’âme du vin chante dans les bouteilles » au Musée d’Aquitaine à Bordeaux du 20 juin au 20 octobre, « Les Voyages Pittoresques » en Normandie en 3 lieux qui présentent la région sous 3 facettes. Romantique à Rouen, Monumentale au Havre et Contemporaine à Caen. C’est à partir du 16 mai et entre mi et fin août 2009. Je vous ai déjà invités à découvrir la belle Juliette Récamier au Musée des Beaux-Arts de Lyon, expo qui dure jusqu’au 29 juin 2009. J’aurai l’occasion de vous reparler des rites funéraires à Lugdunum par le fameux Musée Gallo-Romain de Fourvière avec une exposition qui débutera en décembre et se poursuivra jusqu’en 2010 pendant toute une année. Un mot encore de « Maurice Denis et la Bretagne – La leçon de Pont Aven » au musée de la ville entre le 6 juin et le 5 octobre avant de vous entraîner en Champagne à la découverte d’une pure merveille.

Qui l’eût cru, la ville de Troyes ne se limite pas à ses magasins d’usine où l’on solde toute l’année. A la Renaissance, la Champagne était synonyme d’effervescence et les bulles du plus célèbre et plus festif vin du monde, n’y étaient, cette fois pour rien. A la fin de la Guerre de 100 ans, les foires battaient leur plein au coeur de ce qui était la ville historique où se trouve l’église Saint-Jean-Au-Marché, là où est justement installée l’exposition « Le Beau XVIème – Chefs-d’oeuvre de la Sculpture en Champagne » qui se tient du 18 avril au 25 octobre 2009.

Ce sont 95 sculptures, parmi les plus belles et les plus délicates au monde qui seront présentées dans cette église dont l’impérieuse restauration aura duré 10 ans (elle menaçait ruine…). Elles viennent de Champagne et ont bénéficié d’une restauration complète pour 60 d’entre elles. Les autres, toutes classées au titre des Monuments Historiques, viennent de musées aussi prestigieux que le Metropolitan de New-York, le Musée de Cleveland, le Victoria and Albert Museum de Londres, du Louvre bien sûr – auquel on doit l’élaboration du comité scientifique de l’exposition – du musée national du Moyen-Age et du musée national de la Renaissance au Château d’Ecouen.

Ce patrimoine champenois est unique et l’art de la sculpture à l’époque s’inspirait de tous les courants artistiques. Les Flandres, l’Allemagne et l’Italie. Dominique Florentin, artiste italien originaire de Florence était même allé jusqu’à s’installer en Champagne. Ce qui caractérise ces oeuvres sublimes, c’est la polychromie des sculptures, la douceur de la pierre de Champagne, la finesse des drapés et le sage sourire des vierges. Les Ymagiers, du nom donné aux sculpteurs, graveurs et peintres du XVIème siècle, étaient réputés pour la délicatesse de leurs oeuvres, les Champenois plus encore.

Inutile donc de préciser que cette exposition vaut le voyage car il est rare de rassembler autant d’oeuvres majeures dans une seule exposition. On en profitera donc pour découvrir Troyes qui rassemble un des plus beaux ensembles de maisons restaurées en Europe. Le quartier sera mis en lumière entre le 24 juillet et le 30 août chaque fin de semaine et, entre le mois de mai et la mi-octobre les jardins médiévaux de la ville, notamment autour de l’église Sainte-Madeleine qui date du XIIème siècle, seront ouverts au public. Ils sont au nombre de 4 et bientôt 5. Tous ceux qui sont passionnés par l’histoire des Templiers adoreront découvrir le Parc Naturel Régional de la Forêt d’Orient dans lequel l’Ordre a son berceau. Ils assuraient la sécurité des pèlerins de passage qui se rendaient en croisade. A Payns, près de Troyes, un musée leur est consacré.

A l’heure où la culture française se distingue, soit-disant, par la qualité de ses comédies sur grand écran, on est un peu rassuré de voir s’organiser des événements du genre. Sans bouder le plaisir de qui que ce soit et la faculté de distraire et détendre de « Bienvenue chez les Ch’tis« , ces belles et grandes expos vous ont tout de même une autre allure.

Source : Actus